#laminuteMorandini : mauvaise foi de garage

Pourquoi sont-ils si méchants ?

Par David Carzon

Pour faire un peu de remous avec un article, y’a pas 36 solutions, plutôt 3 en fait : il faut soit une putain d’info (attention sur Eric Woerth, ça va finir par être périmé même si les ressources semblent inépuisables), soit du cul, soit de la polémique. Dans ce dernier cas, pas question de jouer les vierges effarouchées, il faut y aller à fond quitte à en rajouter des caisses. C’est ce qu’ont fait Les Inrocks et Libé. Prenons d’abord  l’article des Inrocks sur Jeff Buckley. Un cas d’école qui contient tous les ingrédients (raccourcis, mauvaise foi absolue, coups bas…)  et qui atteint largement son but. Sans juger sur le fond, tentons de décortiquer les recettes d’un succès.

« ça casse »

C’est le titre de la rubrique. C’est court, c’est bref, on sait où on est : ça va tailler, ça va tâcler au niveau des genoux, ça va refaire le portrait, ça va élimer du prépuce… Tout cela pour mettre le lecteur dans la position de celui qui ricane avec l’auteur ou dans celui qui défend le martyr. Bref de celui qui va lire et réagir. Attention toutefois à ne pas décevoir la promesse initiale.

« Il doit sa reconnaissance à une mort prématurée, noyé dans un affluent du Mississipi »

Et pour bien casser, il faut casser vite et fort : on peut gager que rabaisser quelqu’un jusque dans la mort provoque inévitablement un minimum de réactions indignées. Commentaires assurés. Surtout que Jeff Buckley avait déjà eu la reconnaissance du support pour lequel l’auteur écrit, avant sa mort. Très bon moyen pour provoquer la mémoire des anciens lecteurs des Inrocks qui ne manqueront pas ainsi de ramener leur fraise… Re-commentaires assurés.

« Grace c’est le Musso du mélomane, un amas de reprises toutes plus suffoquantes les unes que les autres, emmenées par un bellâtre mou du genou qui se loupe jusque dans la mort. »

Autre exploit. Déjà comparer Jeff Buckley à Guillaume Musso, c’est comme mettre sur le même plan Didier Barbelivien (un auteur-compositeur prolifique) et John Kennedy Toole (un écrivain mort jeune devenu culte, lui vraiment pas de son vivant). Ça ne veut rien dire ? C’est exagéré ? Vous n’y êtes pas. Ce qui importe, ce sont les réactions que ça provoque. Rabaisser son sujet – on l’a dit – est un moyen très efficace pour mettre de l’huile sur l’ire de vos lecteurs. Une petite chance en plus : que le nom de Musso fasse s’esclaffer franchement ceux qui avaient envie de ricaner avec l’auteur. Eh hop, ceux-là, ils sont dans la poche. Je passe sur l’autre moquerie concernant les circonstances de la mort et une considération d’ordre physique et gratuite, des outils qui ont fait leur preuve, mais qu’il est toujours bon d’employer à plusieurs reprises pour entretenir cette colère.

« Jeff doit l’intégralité de sa courte carrière à Tim »

Dans ce genre d’exercice, il ne suffit pas de s’en prendre au soi-disant talent de sa cible. On pourra toujours vous reprocher un manque d’objectivité. C’est une faille majeure dans laquelle tombent souvent les amateurs. Il faut donc donner une image négative de la personne, lui trouver des défauts grossiers. Si vous dites que telle rock-star est camée, cela aura une image plutôt positive. En revanche, lui coller les traits d’un arriviste qui ne mérite son succès et qui a profité de la notoriété de son père est une bonne méthode, utilisée dans ce cas. L’auteur est d’autant plus méritante que le père de Jeff Buckley est mort quand celui-ci avait neuf ans. Mais dans ces cas-là, ne tergiversez pas, usez de raccourcis grossiers, ne soyez pas timide, plus c’est gros plus ça passe. La preuve. Le piston au-delà de la mort, c’est beau en plus. Tous les Gainsbourg, Gavras, Garrel, Cassel, Coppola, Depardieu, Doillon, Hands, Littel… apprécieront.

« Même dans sa mort, Jeff Buckley aura fait dans la grossière imitation. »

On l’a dit, on le répète, n’hésitez pas à en faire des tonnes sur les moqueries concernant la mort, c’est ce qui donnera du rythme à votre article et des repères aux lecteurs, les moqueurs ou les outrés.

« Le bonhomme est une contrefaçon à lui tout seul. J’en veux pour preuve sa notoriété musicale basée sur les reprises. »

Voilà une attaque tout à fait intéressante. Parce qu’inévitablement, vous allez vous prendre dans la tronche les érudits du rock qui vont vous ressortir toutes les stars qui n’ont fait que chanter les textes des autres, ou celles qui ont vécu de reprises. Votre effet recherché est atteint et doublement : il va y avoir des commentaires sur votre site et ceux qui le feront sur ce thème ne pourront pas s’empêcher de se la jouer donneurs de leçons, ce qui aura une tendance naturelle à les discréditer et à les faire passer pour des gros cons auprès du nouveau public que vous êtes en train de conquérir.

« 750 000 exemplaires écoulés en 1995, mais qui ne suffisent pas à compenser l’avance octroyée par Columbia. Une noyade plus tard, le label rentre dans ses frais. »

C’est un coup de génie. Induire comme condition – dans un magazine comme les Inrocks – que pour être une rock star digne de ce nom, il faut rapporter un max de thunes à sa maison de disques dès le premier album, c’est sublime, forcément sublime. Rien d’autre à dire que bravo.

Autre exemple avec la série d’été de Libé sur ceux qui les énervent et qu’ils ont envie de descendre. Mais l’exercice est un peu différent: autant Les Inrocks s’attaquaient à une icône, autant Libé s’en prend à un ringard.

Pourtant, la logique est la même : interdiction d’y aller avec le dos de la cuillère même si ça peut faire très mal. Exemple avec le papier sur PPDA.

« Il faut toujours tirer sur les ambulances »

Voilà une belle entrée en matière. Désamorcez d’entrée de jeu la principale critique que l’on pourrait vous faire de vous faire un loser..

« Je préférais quand Bouygues le salariait à 100 000 euros par mois, avec l’argent d’une chaîne que je ne regardais pas. »

L’emploi du « je » place d’emblée le papier dans contexte subjectif. Pas de tromperie sur la marchandise, c’est un point de vue assumé. Sur le fond, dans cette phrase, l’auteur place sur un même plan, un salaire exorbitant et un employeur peu estimé. Un peu poujado mais on ne fait pas de double calotte sans casser des œufs.

« Pas de problème de doc, grâce au seul journaliste à avoir donné plus d’interviews qu’il n’en a recueilli »

Du velours. Une seule phrase pour à la fois remettre en cause la réalité du travail journalistique du sujet et exprimer la place prépondérante de son narcissisme, l’effet recherché est forcément atteint.

« il devient en 1975, un an après son arrivée et l’élection de Giscard, chef du service politique, ce qui tombait bien car Patrick Poivre avait été vice-président, en 1970, des Jeunes républicains indépendants, le mouvement de jeunesse du parti de VGE »

Le tacle historique. La coup de boule « Lagarde et Michard ».Très précieux pour rappeler certaines vérités. Cela nécessite beaucoup plus de moyens que la simple vanne sur le physique. Il faut de la mémoire ou un service de documentation. Mais si vous trouvez la faille, votre article devient inattaquable. En l’occurrence ici, le propos général qui est de démontrer que PPDA est loin de l’image de rebelle qu’il se donne, en sort renforcé.

Cette année, ce sont donc Les Inrocks et Libé qui ont joué les Materazzi Zidane de service. Pour l’an prochain, on attend le « ça fracasse les rotules » du Figaro sur Finkelkraut, le « on va te briser » du Nouvel Obs sur Jean Daniel ou encore le « on a fouillé tes poubelles » de l’Express sur BHL. Ça va chier

  • Par Tom le : 02.09.2010 repondre au commentaire

    Ca provoque tellement de reaction que vous en faites un papier rien que pour ca (le paragraphe de PPDA est un peu fade apres celui de Buckley)

  • Par Drydry le : 02.09.2010 repondre au commentaire

    En gros maintenant les trolls font des articles de presse?

  • Par MarieC le : 02.09.2010 repondre au commentaire

    Courageuse, Mathilde Carton : elle dégomme un mort.

  • Par Jean Lanzi le : 02.09.2010 repondre au commentaire

    Garzon maudit !

  • Par Sna1k3 le : 02.09.2010 repondre au commentaire

    http://campus.blogs.liberation.fr/mathilde_carton/2008/08/lart-et-la-mani.html
    Il semblerait que la provoc’ facile soit le fond de commerce de Mathilde Carton et ce depuis quelques temps déjà…
    Cf. Son passage sur la communauté asiatique de son campus US.
    Ou comment dire des conneries dans un style soutenu.

  • Par Mac Guffin le : 02.09.2010 repondre au commentaire

    ce qui est magnifique également, c’est que cette grande chroniqueuse musicale qui cite des icônes du rock n’est même pas capable d’écrire (sans parler de faire relire son article) Jimi Hendrix et Janis Joplin correctement…
    Ceci dit, excellent article de BBB, comme toujours !

  • Par berli le : 02.09.2010 repondre au commentaire

    Oui, bon, en même temps, il faut bien que le média tiède tente par moment de faire accroire lui-même à sa rebellion en s’attaquant aux figures de la rebellion institutionnelle.
    Et en plus, ion sait bien que vous, vous faites cet article pour y placer discrètement le nom de John Kennedy Toole (Aaaah !… La Bible de Neon… La Conjuration des Imbéciles…) pour attirer la sympathie de ceux qui connaissent.

    Comme quoi on ne s’en sort pas

  • Par Louis le : 02.09.2010 repondre au commentaire

    Haha ! J’adore ce passage qui vient sursarcler Depardieu et Doillon !

  • Par raph le : 02.09.2010 repondre au commentaire

    “Cette année, ce sont donc Les Inrocks et Libé qui ont joué les Materazzi de service. ”
    Joli exemple de provocation subjective (faut bien être français pour encore penser que Zidane était la malheureuse victime dans l’histoire).

    Par David Carzon le : 02.09.2010

    en fait, c’est plus un lapsus. Je voulais dire Zidane. Je rectifie d’ailleurs. :)

  • Par Argumène le : 03.09.2010 repondre au commentaire

    Au fait, quand est-ce que vous vous faites infiltrer par la Brigade d’Intervention de Benjamin Lancar ?

    Par David Carzon le : 03.09.2010

    si on fait une V2 de Bienbienbien, il sera redchef

  • Par Deo le : 04.09.2010 repondre au commentaire

    Ce n’est pas bien de juger les gens sur leur physique, mais il faut avouer qu’elle a vraiment une tête de conne.

  • Par zizi le : 05.09.2010 repondre au commentaire

    salut david.

    “Tout cela pour mettre le lecteur dans la position de celui qui ricane avec l’auteur ou dans celui qui défend le martyr. ”

    c’est plutôt “ou dans celle de celui” qu’il aurait fallu écrire. ouais, sacrément lourd effectivement, mais au moins grammatiquement correct.

    bon article, j’ai bien ri !

  • Par widerange le : 05.09.2010 repondre au commentaire

    Mathilde Carton, je découvre qu’elle existe grace à votre article (même si j’avoue que je l’ai oublié si vite que j’ai du remonter en haut de l’article pour retrouver son nom…), Jeff Buckley ben…

  • Par puddingstud le : 05.09.2010 repondre au commentaire

    Surtout que critiquer Buckley sur le piston, la mort ou les reprises, c’est un peu comme critiquer M Pokora pour la couleur de ses chaussettes : il y a mieux à faire.

    Le critiquer sur le fait qu’il en faisait 20 fois trop dans le pathos et le démonstratif, par ex, ça aurait été beaucoup plus convaincant.

  • Par _mouloud_ le : 07.09.2010 repondre au commentaire

    j’ai lu l’article des inrocks et j’ai ri.
    j’ai ri jaune, certes, mais j’ai ri.
    et somme toute, c’est un excellent exercice imposé de journaleux du web.
    faire du buzz et attirer les trolls quand on n’en est pas un soi-même (merci drydry)
    car inutile de parler du fond puisque les auteurs se torchent avec.

  • Par Narty Narty le : 16.09.2010 repondre au commentaire

    lol > coup de boule « Lagarde et Michard »

  • Par Erwan le : 27.09.2010 repondre au commentaire

    C’est vite dit que sa mort a fait sa célébrité. Y en a d’autres qui sont morts avant et après lui et pis rien.

  • Par samuel le : 11.10.2010 repondre au commentaire

    Votre texte pose la question de la passion que les journalistes, notamment dans le secteur culturel, sont censés mettre en oeuvre pour accomplir leur brillant sacerdoce.
    Quand nous lisons un article sur tel artiste, film ou livre, écrit par un bon journaliste appartenant à un bon journal, on finit par croire que l’enthousiasme du ton employé et le semblant d’adhésion du journaliste sont sincères. C’est assez souvent le cas, mais il est aussi fréquent que le gars ou la femme en question commence à fatiguer un peu de son métier et surjoue des qualités qui, si elles sont à l’origine de sa vocation, se sont souvent érodées avec le temps, les salaires moyens et l’absence de tickets resto. En outre, tout comme dans la presse généraliste, le rédacteur en chef attribue les sujets en fonction de la compétence et de l’intérêt, et il se retrouve assez souvent avec des papiers dont personne n’a spécialement envie a priori ; il faut bien les fourguer à quelqu’un et la règle est de suivre la ligne du journal pour que le désigné d’office écrive en pilotage automatique un article blasé mais respectant le semblant d’émotion ou d’enthousiasme requis.

    On comprend que ces gens qui côtoient la célébrité et en connaissent (ou croient en connaître) les limites aient parfois envie de tirer dans le tas.
    S’il est pratiqué avec style et en évitant la rancoeur, l’exercice peut avoir du sens. Cet été, pour ce que j’ai lu, c’était plutôt miteux.
    Déjà, je n’en ai rien à faire de savoir le mal que les autres pensent de PPDA ou Amélie Nothomb – il faut d’ailleurs bien dire que la tendance de Libé à tomber dans le petit foutage de gueule rigolo à la Garrigos-Roberts devient démoralisant dans le journal de Daney, Skorecki, Nick Kent ou Viviant – mais si c’est pour se contenter de se moquer sans apporter d’informations un minimum utiles ou pertinentes, je vois mal l’intérêt… La préposée au dégommage de Nothomb écrivait tellement mal que j’ai abandonné la lecture au bout de deux colonnes, à peu près assuré que n’apprendrais rien de ce fiel inutilement partagé.

  • Par Aquabee le : 11.10.2010 repondre au commentaire

    C’est l’intérêt de tirer sur un corbillard???

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