Puisque c’est ça, je m’en vais. Quoi ? Vous vous en foutez ?

Twitter, aime-moi ou je te qwitte

Par David Carzon

L’arrivée du « who to follow » sur Twitter est en train de changer la perception de ce réseau social, multipliant son impact mais aussi ses contraintes. Jusqu’à présent, hormis ce qu’on appelait les « suggested users » qui tournent au-delà du 20 000 followers, chacun avait son réseau tournant autour de son travail, de ses amis, de ses connaissances, de ses centres d’intérêt, un réseau allant de quelques dizaines à un bon millier pour le gros de la troupe.

« Who to follow » est donc un outil récent qui vous indique les personnes qui sont en gros, les amis de vos amis et vous conseille de les suivre, même si vous ne les connaissez pas. Il élargit le cercle de vos connaissances et comme on est tous à six personnes de n’importe qui dans le monde selon la théorie, on va rapidement tous se suivre. D’ailleurs, les comptes au-delà du millier de followers se sont déjà mis à connaître une progression brutale. Le nouveau follower amenant du nouveau follower, la machine n’est pas prête de s’arrêter. Sauf qu’au fil des jours, on ramène des followers toujours un peu plus loin de son centre de gravité social, des followers que l’on n’a pas forcément envie de suivre, pas par snobisme, mais parce qu’une timeline trop fournie est une timeline illisible. Et puis merde, vous vous voyez parler tout fort dans la rue à tout le monde sous prétexte qu’on utilise le même trottoir. Cette histoire de followers/followés induit une forme de politesse un peu forcée (tu me suis, je te suis et on se sourit) contraire à l’esprit d’un réseau social. On ne construit pas un réseau pour tous, le même petit à petit, mais son propre réseau (je te suis parce que j’ai un intérêt à te suivre).

Vous qui voyez votre panse à followers grossir, vous avez 5 possibilités devant vous pour gérer cette audience.

1/ Ça vous plaît d’en avoir une grosse mais vous ne voulez pas partager.

Vous risquez de passer pour un gros snob mais quand même, si vous en êtes là, ça veut dire que vous êtes une star du web français (c’est à dire une poussière d’or sous un ongle sale), une star tout court ou une marque (sachant que certaines personnes sont désormais des marques), et Twitter dans ce cas servant à faire de l’info descendante ou du personal branling. Continuez comme ça, engrangez du follower sans être regardant sur la marchandise, faites coucou à la fenêtre du Carlton de temps en temps et tout le monde sera content.

2/ Ça vous plaît d’en avoir une grosse et vous voulez pratiquer l’échangisme.

Donc, vous voulez suivre tous ceux ou presque qui vous suivent pour que votre timeline ressemble à une gigantesque partouze 2.0. Une note publiée chez nos amis d’Owni s’interroge sur les méfaits d’une grande audience sur Twitter. Prenant l’exemple de Presse-Citron, Owni se demande quel peut être l’interaction quand le moindre début de discussion finit forcément dans le brouhaha. Sauf que dans le cas concret, ce n’est pas grave. Presse-Citron, ou d’autres, est une marque qui vit de l’information qu’elle délivre, sa valeur vient de son audience et pas des interactions sociales qu’elle peut générer. Donc pas de souci, on se followe tous et on jouit ensemble. En même temps.

Vous pouvez aussi pratiquer la technique des listes, mais cela suppose d’en savoir un minimum sur vos suiveurs pour savoir où les ranger et BEAUCOUP de temps pour gérer vos petites étagères à followers. A réserver donc aux chômeurs et aux intermittents du spectacle (joke).

3/ Ça ne vous gêne pas d’en avoir une grosse mais ça vous gêne que tout le monde la regarde et que tout le monde en parle, alors vous faites semblant de la cacher. Un peu.

Exemple : Alain Lambert. Ce sénateur très 2.0 comme on dit, a un blog, il fait des vidéos avec son téléphone, il twitte. Et au cas où vous n’auriez pas suivi l’affaire, dès qu’il a deux secondes, il twitte en toutes circonstances, comme tout bon accro à son smartphone, : juste avant la messe, juste avant un baptême. Du coup, ô sacrilège, on s’indigne qu’on puisse ainsi profaner le sacré de la communion avec l’au-delà pour satisfaire un besoin égoiste. Quelques tweets mais surtout un article dans Ouest-France plus tard expliquant la « polémique », le sénateur prend la mouche et annonce sa décision irrévocable : il quitte twitter. Bon en fait, il ne quitte pas tout à fait, son compte devient privé. Une raison selon lui : il ne veut pas « salir la vie publique, la démocratie, la République ».

On ne va pas bouder notre plaisir : Alain Lambert est un des rares hommes politiques à maîtriser les réseaux sociaux et c’est mieux qu’il y reste actif. Bon, on ne voudrait pas décevoir le sénateur, même si son compte avait été privé, l’affaire aurait sûrement eu la même ampleur (c’est à dire pour être juste, une ampleur de l’ordre de la poussière dans un nombril) car rien n’aurait empêché les retweets à gogo. Mais c’est mignon, c’est comme s’il nous avait un peu de chantage affectif pour savoir si on allait le retenir.

4/ Ça vous gêne d’en avoir une grosse, alors vous faites en sorte qu’elle ne dépasse plus.

Pour vous, ce qui compte, c’est plus l’interaction que l’audience. Il n’y a pas 36 solutions. Passez votre compte en privé, élaguez à la hache tous les followers que vous ne connaissez pas, remettez de l’ordre dans ce bordel. Vous vous retrouvez en milieu un peu fermé mais au moins vous maîtrisez votre réseau. Si cela ne suffit pas, devenez odieux avec ceux que vous ne connaissez pas. Faites vous une sale réputation sur le réseau. Bon, cela comporte le risque de salir votre nom et de vous coûter votre prochain emploi.

5/ Ça vous gêne d’en avoir une grosse alors vous coupez tout.

C’est une pratique qui se répand. Une twitteuse comme @Lauvergnate est arrivée un matin en disant : « Nothing personal, mais twitter, ça me gave et c’est chronophage. J’ai mieux que ça à faire dans ma vie, qui m’aime me suive, voici mon blog, voici mon mail. Salut les gars. » Pas de chantage affectif pour rester. Non, le couperet.

Autre technique: je coupe mon compte sans rien dire et j’en rouvre un autre, plus discret et volontairement limité. C’est ce qu’a fait @Ioudgine, se justifiant a posteriori par une longue note en trois parties très… très… très… WTF. C’est aussi ce qu’avait fait @HenryMichel mais lui, il ne l’avait pas fait exprès.

  • Par Grobino le : 20.08.2010 repondre au commentaire

    C’est bidon cette histoire de “politesse” sur twitter, quand je suis quelqu’un je m’en tape de savoir si il me suit en retour. Et si quelqu’un me suit? Je vais vite fait survoler sa timeline, en une minutes je vois si c’est susceptible de m’intéresser, je suis ou pas en conséquence. Gardez votre peur d’être snob pour les diners en ville.

    Twitter c’est sympa comme outil mais c’est effrayant comme ça a tendance à “webcentrer” les gens…

    Par boeuffi le : 20.08.2010

    Hello,

    Je suis votre blog depuis pas mal de temps et je tiens deja a vous remercier pour vos articles qui bouscule souvent les idées récues (sur les generations Y, sur les usages des réseaux sociaux,…).

    Je suis 100% d’accords avec Grobino : je ne follow que les gens qui peuvent m’apporter des infos interessantes, ayant mm unfollower des twitter “influents” car j’en avais marre des “bonjour twitter, au revoir twitter,…” qui pourrissaient ma timeline. Et je n’attend certainement pas qu’on me follow en retour si je follow quelqu’un : avec deja 1000 following c’est impossible de suivre une timeline si on est y est pas 100% du temps de la journée! C’est pas comme des mails qui peuvent se trier par exemple…

    Je travaille dans le marketing et suis benevole pour l’assos des anciens de mon école pour laquelle je fais office de “community manager” même si je n’aime pas trop ce terme (et d’ailleur dans votre article sur les community manager vous aviez oublié ce type de personne bénévole qui est la pour animer une communauté d’ancien tout simplement!).

    Je pense qu’il y a aussi d’autre usage de twitter. Pour ma part j’utilise mon compte perso pour 2 type d’interactions:
    1 : depuis le debut en push de veille techno (un peu de que romain explique comme etant la politique de la vache regardant passer le train) pour avoir des remontés d’info autre que par les mentions a des termes que je suis (car les mentions en allemad ou chinois j’y pige pas grand chose sur les article derrieres) ou d’autre methodes plus classique (blog, surf, alerte google, fil rss,..).
    2 :plus recement (mon compté était privé) pour de la publication d’article sur des sujets qui m’interessent (techno, generation Y,…) et que je twit car j’ai lié mon compte twitter a mes comptes linkedin et viadeo pour “les faire vivre” sans etre ultra chronofage car je dois deja faire de la veille dans mon travail.

    Et j’ai un usage pour mon assos d’ancien pour publier des info qui pourraient interesser la communauté des anciens (salon de recrutement, tips de management,…).

    Par Spock le : 20.08.2010

    boeuffi j’ai lu ton com en entier et je me suis evanoui d’ennui.

  • [...] This post was mentioned on Twitter by bienbienbien and Milimelo, ksandre. ksandre said: Twitter, aime-moi ou je te qwitte http://is.gd/epqeV [...]

  • Par Fab le : 20.08.2010 repondre au commentaire

    David C, j’adore vraiment tes articles.

    Bon, moi, j’en ai une très petite petite car j’ai 0 follower sur mon twitter perso.
    Sur mon twitter pro, j’ai 0 follower. Je suis prof à la Fac et à chaque rentrée (septembre et janvier) je donne mon twitter pro à mes élèves mais ça leur fait ni chaud ni froid (avec bcp d’interrogation sur “mais c quoi twitter ?”) et il préfèrent largement rechercher mon profil sur Facebook et tme demander en “ami”.

  • Par Johnny Pop le : 20.08.2010 repondre au commentaire

    Pas la peine d’être à 1000 followers. Je n’en ai que 600, et je commence à avoir des nouveaux followers quand je ne twitte même pas. Je suis assez content, du coup j’ai pu recommencer à bosser.

    Dans ta série des départs fracassants, tu as quand-même oublié @maitreletour, il avait fait pas mal…

  • Par Pierre le : 20.08.2010 repondre au commentaire

    Moi j’ai toujours pas compris, si, avec mon compte privé, les gens que je suis peuvent voir les réponses que je leur écris… Du coup, j’écris jamais de réponse et à part pour suivre les liens à la con de Monsieur Lâm, ça me sert pas à grand chose…

    Pas de méprise, les liens à la con de Monsieur Lâm me font bien marrer le matin quand je vais au taf !

  • Par mry le : 20.08.2010 repondre au commentaire

    Dommage que la conlusion soit castrée… impatient de lire ta solution.
    (Tu es certain pour @ioudgine ?)

  • Par Scotch le : 20.08.2010 repondre au commentaire

    intéressant comme article

    c vrai que le coup du brouhaha est particulièrement pertinent : j’utilise twiter tous les jours au taf pour un client, vla la gueule des interactions…

    t’as beau faire un effort, les twittos c qd même un gros pourcentage de “je l’ai grosse (ou pire, “je pense l’avoir grosse”), tu le prends et tu te tais”. Donc pas vraiment de possibilité de dialogue.

    Bon, j’ai qd même réussi à me faire inviter au resto par 2 d’entre eux quand même ^_^

    (ca va ? Je l’ai assez grosse là?)

  • [...] via triple well [...]

  • Par Feez le : 20.08.2010 repondre au commentaire

    Moi je me suis arreté à “vous êtes une star du web français (c’est à dire une poussière d’or sous un ongle sale)”.

    J’ai trouvé ça fag.

    Par David Carzon le : 20.08.2010

    fag, je trouve ça troll

  • Par KlarAgora le : 20.08.2010 repondre au commentaire

    Héhé, très bon billet : drôle, bien écrit et plein de bon sens.

    Pour compléter 5/ Ca vous gêne d’en avoir une grosse alors vous coupez vous, je rajouterais le cas du blogueur @maitreletour, anciennement connu sous le pseudo @letourduweb (nom de son blog), qui a tout fermé et s’en explique ainsi :

    “Je souhaitais y voir plus clair dans cette grosse mélasse pleine de connivences et de comptes endormis voire morts, et surtout repartir de zéro, afin d’identifier clairement mon lectorat”.

    L’article au complet c’est sur son blog : http://letourduweb.fr/2010/06/06/supprimer-un-compte-twitter-avec-plus-de-2000-followers-ca-cest-fait/

    A savoir qu’en 2 mois, le Monsieur s’est presque déjà reconstitué son audience (presque).

    PS : C’est permis de faire son Beotien sur ton blog, dis ?

    Par David Carzon le : 20.08.2010

    merci pour la précision de l’histoire de @maitreletour
    sinon y’ pas vraiment de règles sur NOTRE blog :)

  • Par Romain le : 20.08.2010 repondre au commentaire

    Sauf te contredire (ce que je n’oserais jamais), on peut aussi avoir la stratégie de l’autruche ou de la vache qui regarde passer le train. Je prends mon cas : je dois être suggéré quelque part puisque d’un coup trois ou quatre personnes se décident à me suivre, mais bon, why not, je me dis, mais je vais pas forcément aller regarder leur profil et les suivre en retour “juste” parce qu’ils m’ont ajouté. Surtout que lorsque je l’ai fait, j’ai constaté (avec grande amertume, il va sans dire) que trois jours plus tard, ce sont eux qui m’avaient unfollowé. J’étais le mouton berné. Ma stratégie est simple : tu me parles, je te followe, tu me parles pas, je te followe pas. Ouais, à mort les lurkers.

    Par Henry Michel le : 20.08.2010

    Peut-être qu’ils voulaient vraiment te découvrir au début, et qu’après ils ont lu tes twits.

    Par Romain le : 20.08.2010

    Ordure.

    Par David Carzon le : 20.08.2010

    Tu gères quand même le compte officiel de Caliméro, c’est pas n’importe quoi

  • Par Lâm le : 20.08.2010 repondre au commentaire

    Pierre : t’as intérêt à rire, sinon je te fait ban de twitter via loic > fredlefevre

    Perso, j’ai toujours appliqué la politique de ne suivre que les gens que j’ai envie de suivre, point barre. Le follow-back est la première source de dégoût de Twitter, on se retrouve avec un timeline qui ne nous appartient pas.

    Alors évidemment, les potes râlent et te traitent de snob, mais cela passe vite et ensuite, tout le monde comprend. C’est comme si j’étais vexé qu’un pote ne lise pas mon blog. Et quand je vois mes voisins de bureau Vincent galérer à dé-follower, cela me conforte dans mon approche.

    Dernier point : BBB qui poste à mort au creux du creux de l’année en terme d’audience, c’est ça l’état d’esprit les cocos, vous me manquez grave de love.

    Par Lâm le : 20.08.2010

    Ah merde, dernier truc : suivez des gens que vous en connaissez ni d’Eve ni d’Adam, une fois les bons twittos trouvés, c’est vraiment très rafrachissant, dans une timeline bourrée de replies et de report des soirées auxquelless vous étiez.

  • Par mario le : 20.08.2010 repondre au commentaire

    les twitters snobs (20 following/2000 followers) c’est quand même le truc le plus ringard de l’internet.

  • Par Fanny Berrebi le : 20.08.2010 repondre au commentaire

    En gros si on dépasse 95 followers on est un animal préhistorique partouzeur de droite ?

    ça me va

  • Par Juste une fille sans histoire le : 20.08.2010 repondre au commentaire

    On peut aussi quitter twitter parce que, quel que soit le nombre de ses followers, on se rend compte de l’absurdité de la chose. Parce qu’on a envie de reprendre sa vie pour soi, de sortir de ça, de ne plus penser à partager chaque instant, chaque pensée, aussi pauvre soit-elle, en l’enrobant de l’ironie ou du mordant dont on est peut-être capable.
    Cesser de tout mettre en scène, du café du matin au brossage de dents le soir, pouvoir vivre les choses pour soi, sans avoir besoin qu’elles existent pour le monde. Ne plus être un personnage, même si le jeu est grisant, ou peut-être parce que le jeu est grisant. Accepter que sa vie ne soit pas un roman, et surtout pas un roman en 140 caractères.

  • Par Camille le : 21.08.2010 repondre au commentaire

    Je n’ai pas twitter, je viens de prendre conscience que je n’existais pas.

  • Par Camille le : 21.08.2010 repondre au commentaire

    Je n’ai pas twitter, je viens de réaliser que je n’existais pas.

  • Par arthur delacroix le : 23.08.2010 repondre au commentaire

    de toute façon, twitter c’est tellement 2009 …

  • Par merlin le : 02.09.2010 repondre au commentaire

    Perso, c’est décidé, je ne suivrais désormais que mon chien. Car il me traîne avec sa laisse…

    http://conversationavecunchien.blogspot.com/

tout pareil

Starfucker Hey, George doubleu, c’est quoi ton Twitter ?

Dites monsieur, ça vous dérange si je publie des informations susceptibles de vous causer du tort ? Dans l'attente de votre réponse... Plaidoyer pour un journalisme loyal, un internet poli et inversement

Go

LiensLiensLiens