Tentative de définition du journalisme lol
Par Vincent Glad
Le mot avait été lancé comme une insulte. Xavier Ternisien, journaliste au Monde et star du micro-blogging m’avait un jour envoyé à la gueule sur Twitter que j’étais un « journaliste lol ». Nous étions alors en plein tweet-clash, surjouant nos rôles respectifs de jeune con et de vieil aigri après la publication d’un fameux papier sur les « forçats de l’info » portant sur les conditions de travail des journalistes web. Franchement, je l’avais mal pris. En ce début d’été 2009, « journaliste lol » ne pouvait être qu’un oxymore.
Et puis, à ma grande surprise, au fil des mois, les choses ont évolué. Et il est devenu cool d’apparaître comme un « journaliste lol ». Quand, pour la blague, j’ai créé une liste Twitter « chaire de journalisme lol » à la fin 2009, nombre de journalistes web (ou d’étudiants en journalisme) se sont réjouis d’y être. Comme si c’était devenu un label.
Mais merde, alors, journaliste lol, c’est devenu un vrai métier ? Pour répondre à cette question, il faut bien faire l’effort d’essayer de définir le concept, sur lequel personne ne s’est jamais penché dans un lignage supérieur à 140 caractères. Étant entendu que le lol représente le rire en général sur Internet, et plus particulèrement une certaine élite de l’humour sur Internet.
Il y a une première définition. Est journaliste lol celui qui est journaliste et qui fait du lol sur Twitter. C’est une spécificité toute française : les journalistes les plus connus sur le réseau sont des jeunes issus des rédactions web qui balancent du lol 24h/24 avec parfois quelques inserts plus sérieux, notamment quand il y a du breaking news. C’est le modèle Alex Hervaud du nom de ce journaliste loleur d’ecrans.fr qui tweete toujours les mêmes blagues que quand il n’était pas encore journaliste et qu’il plafonnait à 30 followers. Aux Etats-Unis, les journalistes tweetent chiant. En France, un journaliste ne peut tweeter chiant, sous peine d’être vieux. La tyrannie des jeunes l’a emporté, le journalisme Twitter français est de fait un journalisme lol.
Mais le journalisme Twitter n’est pas la grandeur du journalisme lol. C’est la deuxième définition qui est la plus intéressante. Le journalisme lol consiste à maintenir un niveau de lol constant dans les articles. Expliquons-nous. Quand il traitera la crise grecque, le journaliste lol essaiera d’intéresser son lecteur en prenant un angle marrant mais signifiant, comme par exemple le fisc grec qui a découvert sur Google Earth qu’il y avait 16.976 piscines dans un quartier huppé d’Athènes pour seulement… 324 de déclarées. A contrario, le journaliste lol traitera avec un grand esprit de sérieux les sujets les plus bas-de-gamme, comme par exemple Zahia que j’avais couvert pour Slate sous l’angle de l’obus médiatique en ne laissant pas transparaître un sourire tout au long des 8.000 signes de l’article.
Un petit graphique pour essayer de mieux comprendre : le journalisme lol s’applique à rester sur la « ligne du lol », équilibre instable entre le journalisme bas-de-gamme et le journalisme sérieux (parfois chiant). Plus un sujet est sérieux, moins l’angle choisi le sera. Inversement, plus le sujet est bas-de-gamme, plus il nécessite une orfèvrerie de l’angle. Les deux exemples cités plus haut – la crise grecque et Zahia – sont matérialisés par des étoiles.
(le graphique est moche, c’est pas pour faire « lol », c’est juste que je ne sais pas me servir d’un illustrateur)
Les Américains y ont un peu réfléchi et ont inventé le concept de « meta-enabling« , terme qui n’a pas franchement fait florès mais dont la définition est intéressante pour essayer de comprendre notre journalisme lol à la française. Dans une série de tweets restés mémorables, Andrew Golis, éditeur chez Yahoo News et ancien éditeur adjoint de Talking Points Memo, lançait le concept:
Aux Etats-Unis, l’équation du journalisme lol est donc posée en termes économiques. Sur Internet, l’opération consistant à devoir cliquer pour lire un contenu tend nécessairement à favoriser les contenus bas-de-gamme. L’homme est ainsi fait qu’il cliquera toujours plutôt sur du cul, du lol et du fail plutôt que sur de la politique ou de l’économie. Sachant que les contenus les plus sérieux sont en général peu lus, il n’est pas illogique de tenter de rendre plus intelligents les contenus a priori bas-de-gamme, ceux qui seront cliqués. Andrew Golis estime en outre que le « meta-enabling » permet de faire du clic tout en maintenant des tarifs publicitaires élevés puisque l’annonceur jugera que le contenu est néanmoins qualitatif.
Pour résumer le point de vue américain, le journaliste lol fait sa pute, mais il le fait bien, se plaçant ainsi sous le haut patronage de Zahia qui déclarait « Je ne suis pas une prostituée, mais une escort-girl ». On ne sera donc pas surpris d’apprendre que les journalistes de Gawker, référence du « meta-enabling », sont payés en partie au nombre de clics sur leurs articles.
Au-delà de ce point de vue cynique (qui est celui des rédacteurs en chef), le journaliste lol ne doit pas écrire pour faire des stats mais plutôt pour flatter ses propres instincts de « digital native ». Le Keyboard Cat le fascine ? Qu’il en fasse un article de 5.000 signes. Il a la vague impression que YouPorn est le TF1 du porn ? Qu’il enquête dessus. Il trouve que le langage Skyblog a ses poètes ? Qu’il les glorifie dans un long article. Il sent que la tecktonik est morte ? Qu’il aille en reportage au Metropolis. La reconquête d’un lectorat jeune (objectif central de la presse actuellement) passe certainement par un élargissement du spectre des sujets dits « sérieux ». Les digital natives ont tous le même père, Internet. Ils devraient pouvoir se comprendre.
On peut esquisser une troisième définition. Le journalisme lol est un journalisme qui pourra parfois s’attacher davantage aux représentations qu’à la vérité. La proposition est évidemment choquante : la première ligne de la Déclaration de Munich des devoirs des journalistes stipule que la profession doit avant tout « respecter la vérité ». Pourtant, le journaliste peut aussi dans certaines conditions spécifiques considérer la vérité comme un sujet secondaire et constater que là n’est pas l’essentiel.
Internet est une machine à créer de la culture en permanence. Pour garder sa mission d’ »historien du présent », le journaliste web doit parfois faire le récit en direct de la création d’une idole pop, d’une « mémisation » d’une personne ou d’un fait d’actualité, y compris si l’emballement d’Internet repose sur une vérité factuelle douteuse. Le meilleur exemple est celui du monstre de Montauk, une bête informe échouée sur une plage de Long Island en juillet 2008. Le Web s’était perdu en conjectures mais impossible de savoir s’il s’agissait d’un chien, d’un ragondin, d’un raton-laveur ou d’un fake. Que peut faire le journaliste lol face à une telle histoire ? Il doit considérer qu’en l’espèce, la vérité est annexe et peu intéressante journalistiquement, seule compte la chronique de la création d’une idole, l’ajout à la culture pop de cette incroyable photo d’une bête échouée.
La plupart des journalistes web partagent cette vision de l’information sans même le savoir. On le voit dans la multiplication des articles titrés « [un fait d'actualité] enflamme le web ». En voici quelques exemples : sur Zahia, sur la main de Thierry Henry ou sur le coup de boule de Zidane. Ces papiers ne s’attachent pas tant à la vérité qu’à sa représentation sur Internet, à l’énergie créative libérée par l’élément d’actualité.
Cette forme de journalisme comporte évidemment un risque. Il ne faut le pratiquer que quand la question de la vérité est secondaire, comme pour le monstre de Montauk ou pour la main de Thierry Henry (où la vérité est réglée d’emblée, oui, il a touché le ballon de la main). Mais dans le cas de Zahia, le journalisme lol a dérapé avec plusieurs articles qui décrivaient l’ »emballement » du Web en postant des photos de son Facebook ou la vidéo de sa prestation chez NRJ12, alors que personne n’était certain qu’il s’agissait bien d’elle, et que d’évidentes questions de vie privée se posaient.
Cet intérêt qu’ont les journalistes web pour les mèmes doit pouvoir aboutir à une nouvelle forme de journalisme culturel qui applique le canevas traditionnel de la critique culturelle à des contenus Internet. On devrait pouvoir critiquer une vidéo YouTube avec la même application qu’un film dans Les Inrocks. Il est maintenant évident qu’il existe une « culture web » bien circonscrite (avec ses « chefs-d’oeuvre » comme les lolcats), il devient donc possible de placer une oeuvre Internet dans une lignée culturelle et de disserter sur ses références.
LOL.




















Ouais.
Ou alors.
L’effet inverse : au lieu de traiter sérieusement des sujets de merde, on peut mettre de la merde dans des sujets sérieux. Un peu comme (des fois) mon blog avec des loltoshops au milieu d’analyse sémio-économiques (oui ça ne veut rien dire).
salu je sui LeReilly viendez sur mon blog
Toi, tu as de la merde dans les yeux surtout, ( ou alors une dyslexie flagrante. Dans ce cas, Appelle Steve Job, vous pourrez faire copain copain )
T’es vraiment un boulet, je serais toi j’irais me pendre tout de suite ! Pauvre boulet ! Tout le monde s’en tamponne le coquillard de ton blog, on bosse, NOUS !
Putain de lien lol à la con!
je me suis replongé dans le fake de Montauk et cette amère digression urlesque m’a éloigné du reste de ma lecture
comment passé du LOL au Fail en quelques lignes, fais chier!
et en plus j’ai commenté au mauvais endroit…
« alors que personne n’était certain qu’il s’aggissait bien d’elle, et que d’évidentes questions de vie privée se posait. »
(T’as le droit de virer mon commentaire)
[...] This post was mentioned on Twitter by Palpitt, analienfeed_. analienfeed_ said: [from palpitt] Tentative de définition du journalisme lol: Il y a une première définition. Est journaliste lol cel… http://bit.ly/96EcoA [...]
Ton graphique est peut-être très moche, mais il n’en est pas moins pertinent.
Interrogation : le lol journaliste est-ce qu’il peut se transmuter à sa guise en journaliste palol?
Bien sûr !
Je le précise pas dans l’article mais on n’est rarement 100% journaliste lol. C’est une grille de lecture qu’on peut utiliser dans 30% de ses contenus, et le reste du temps, rester sur une ligne plus traditionnelle.
Haaaa, beau travail.
En fait, le journaliste lol est un caméléon.
Il fait de l’investigation sur le terrain de TF1 pour ensuite débouler l’aprem avec un nez de clown chez médiapart.
Haaaa, beau travail.
En fait, le journaliste lol est un caméléon.
Il fait de l’investigation sur le terrain de TF1 pour ensuite débouler l’aprem avec un nez de clown chez médiapart.
un « g » à « s’agissait ».
Mais la question qui taraude est quand même celle de la nature de ce truc sur le sable.
On peut donc être journaliste et drôle. Comme on peut être boucher, dentiste, scientifique, agriculteur, Michel Cymes, peintre en bâtiment… et drôle en fait (pas forcément tout à la fois en revanche).
Le problème pour un journaliste est que s’enfermer dans la catégorie -comme précisé dans ce billet- interdit le traitement de certains sujets. Problème tendu par la tentation du LOL systématique qui finit toujours par tomber dans l’exercice de style gonflant. Le journalisme tout court, ça fait déjà pas mal de boulot pour bien redéfinir la catégorie.
lol ou pas lol, j’ai du perdre 2.4 secondes à vérifier « Zahia » quand je l’ai vu sur le graphe.
Je dois me remettre à lire, moi – le monde avance.
Que les journalistes fassent du journalisme de qualité, du bon, et que les rédactions leur donnent les moyens d’en faire. Le journalisme est un contre-pouvoir. La mission du journaliste est d’informer honnêtement. L’information n’est pas une marchandise comme les autres. Si l’objectif du journaliste est de faire du clic ou d’être une marque, je crois que c’est juste le début de la fin. Pour le lol, on ira voir les humoristes.
OUais quoi c’est vrai à la fin. Et si possible, qu’ils soient chiants comme la pluie, et inaccessibles. Et qu’on supprime la télé, y’a que de la merde en boite qui informe pas.
D’ailleurs, un journaliste, ça ne devrait qu’écrire des mots sur une machine à écrire. Y’a qu’à voir le niveau des dessins powerpoint.
Je vois pas ce qu’il y a de choquant dans ce que dit Olivier, merci de détailler un peu Meilcour parce que l’ironie à deux balles ne mène à rien. Oui un journaliste un peu sérieux, qui fait bien son boulot et qui n’a pas besoin de se répandre en tweet « lol » lamentables sur tweeter, ou de se faire mousser sur son blog, c’est bien aussi ! C’est pas nécessairement être « chiant comme la pluie » ou « inaccessible » que de faire son travail consciencieusement, et je ne vois pas pourquoi on serait obligés de tirer la presse vers le bas avec des putain de lolcats qu’on rabâche à toutes les sauces, ou de se taper le regardage de nombril des journalistes stagiaires qui snobent les vieux parce qu’ils savent écrire sur Internet. Tout ça ne remplace pas un travail de fond et d’analyse (et qu’on ne vienne pas me dire que « s’attacher davantage aux représentations qu’à la vérité » est quelque chose de nouveau: si c’est uniquement donner son avis sur un sujet comme ça, on s’en passe et on préfère des vraies études / interviews de gens compétents. N’est pas sociologue qui veut).
Et OUI je pense que la télé est une merde qui n’informe pas.
Et NON je ne suis pas un vieux con, mais j’en ai un peu marre de ces articles où on proclame fièrement être un vendu qui déconne au boulot et qui « flatte ses propres instincts de “digital native” « , justement.
nv, c’est pas le propos. Qu’il y ait du fun, du lol, du gonzo, un regard, des angles, décalés…je suis pour. Il faut de tout. Il faut du Rue 89, du Figaro, du Monde, du Libé, du Canard, du TF1 (quoi que…) du Arte… Il faut de la diversité, de la pluralité, de l’abondance. Mais je pense simplement qu’on a avant tout besoin d’une information solide, de qualité, et de médias libres et indépendants. Les médias et les journalistes souffrent d’un manque de confiance et de crédibilité auprès du public et je ne suis pas certain que le lol arrange l’histoire. Je peux me tromper, je n’ai pas la science infuse…Oui, on peut être journaliste et drôle, mais est-ce l’objectif du journalisme que d’être drôle ? C’est pas ma conception du métier, simplement. Chacun la sienne et je respecte celle des autres. Quant à ton allusion ironique à la machine à écrire, je trouve ton jugement hâtif. C’est bien mal me connaitre…
Au plaisir d’échanger de manière constructive, nv.
Ils l’ont quand même bien démonté le journalisme lol par là : http://boumbox.wordpress.com/2010/06/09/le-journalisme-lol-nest-pas-le-contraire-du-journalisme-serieux/
Quitte à jouer les grammar nazis allons-y jusqu’au bout, sinon c’est fail!
réjouits (pas de t)
rendre plus intelligent les contenus (intelligents s’accorde avec les contenus)
Le web s’était perdu en conjecture (conjectures au pluriel, sinon on ne s’y perd pas)
d’évidentes questions de vie privée se posait. (d’évidentes fautes d’accord se trouvaient)
Sinon, ton article me laisse une sensation étrange : le journalisme lol était né sur/en toi contre ton gré, et en quelque sorte tu viens de t’autobaptiser, de t’autodéfinir. C’est pas tous les jours qu’on assiste à une genèse, félicitations! Y a une liste de baptême, un truc du genre où il faut participer? lol
Bon, OK, là, c’est pas du journalisme lol mais du journalisme fail toutes ces fautes. Désolé. Et merci à toi de les avoir signalé.
Vive les journalistes lol !
ET les lecteurs lol !
LOL
de les avoir signalées ^^
Quitte à corriger les fautes…
-vieux aigri +vieil aigri
(si je puis me fermettre
)
Le meilleur journaliste-lol reste quand même notre Jean-Pierre national, là-dessus je crois que tout le monde est d’accord !
Brillant !
et 10 euros dans le nourrin !
jpurnalisme lol = tribute to Jacques Rouxel & the shadoks
« Il vaut mieux mobiliser son intelligence sur des conneries que mobiliser sa connerie sur des choses intelligentes. »
[...] parler de data journalism, de gonzo journalism, de personal branding pour les journalistes, de lol journalism, [...]
je passe plus de temps à defier le chat qu’a lire l’article… lol
j’ adore ce chat. je le veux.
Trop fort le chat ! En fait le journaliste lol est un peu comme ces super héros gardiens de l’équilibre entre les forces de l’univers, ici du sérieux/ennuyant et du bas-de-gamme/distrayant…
J’aime beaucoup ce blog, et le style de l’élément pour ajouter des commentaires, je sens que je vais revenir souvent !
[...] journaling, loïs lane, lol, troisième oeil par 2goldfish Pour ceux qui ne la savent pas, le journalisme LOL est un concept inventé (ou du moins revendiqué) par Vincent Glad et toute une poignée de ses [...]
[...] sans forcer plusieurs milliers de followers. Y a d’autres catégories (un petit journalisme LOL entre parenthèses pour le référencement ?), mais je vais m’arrêter là pour souligner que [...]
[...] « tentative de définition du journalisme Lol » de Vincent Glad mérite que l’on s’y arrête, tant elle renvoie à de [...]
[...] fait intelligent de dire ostensiblement hein! enfait ça veut dire "t’as vu"). – un concept dont j’avais jamais entendu parler avant, bon bah c’est bien. – le LOL // je trouve [...]
Il me semble qu’on a confondu pas mal de choses là… L’humour est une arme qui a toujours été à la disposition des journalistes dans leurs éditos. Absolument rien de nouveau là dedans, on est encore en train de réinventer la roue. Quant à la responsabilité du journaliste, elle existe qu’il pratique l’humour ou non.
[...] used in chats, forums, e-mails to express the locutor’s feeling of amusement, Vincent Glad defines the lol-journalist as the one who will maintain a constant level of lol (e.g. fun) in his articles. The lol-journalist [...]
[...] ont a eux trois rameutés plus de 4000 cliques. On comprend un peu mieux le développement du Lol journalisme d’autant plus que désormais le journaliste est rémunéré au click et le bloggeur à la [...]
[...] brandeurs » qui osent chercher à faire parler d’eux sur la Toile, ont lancé la notion de journalisme LOL. Retour en arrière moral, éthique, déontologique ou au contraire dépassement de critères [...]
[...] brandeurs » qui osent chercher à faire parler d’eux sur la Toile, ont lancé la notion de journalisme LOL. Retour en arrière moral, éthique, déontologique ou au contraire dépassement de critères [...]