Saturday Night Filmeurs
Par Henry Michel

Il y a de fortes chances pour que vous ne puissiez plus accuser un sosie alcoolo à la vue de vos prochaines photos de cuites sur Facebook. Car elles seront nettes, bien éclairées, taguées de votre nom, et même estampillées du logo rutilant d’une “club communauté”.
La lame de fond des portails de clubbing, à l’organisation bien rodée, envahit les boites de nuits Européennes, et promet son jpeg de célébrité à toute la jeunesse du samedi soir, qu’elle habite Monaco ou Besançon (surtout Besançon).
Une menace bien réelle pour un artisanat méconnu et mal-aimé : celui des photo-filmeurs.
Les « photo-filmeurs », ce sont des photographes d’extérieur dont la mission principale est de faire du « film », bref shooter beaucoup de photos en saisissant des instants de votre vie publique – « avec votre autorisation et un petit sourire ».
Restaurants, sites touristiques, plages, boites de nuits, pistes de skis – les photo-filmeurs sont des reporters du loisir. Sauf que la photo de Kevin et vous sirotant une vodka redbull n’intéressera que vous et Kevin. C’est à partir de ce postulat que le filmeur gagne sa vie, en vous vendant le tirage papier. A l’époque de l’argentique, cela se traduisait par une carte de visite pour venir récupérer les tirages à 20€ pièce, puis, quand le numérique arriva, les bornes d’impression sur sites se multiplièrent (tirages à 20€ pièce aussi).
Mais la relève est déjà là : depuis quelques années, chaque jour, des portails internet communautaires « de la night » déversent en leur nom des centaines de photographes accrédités et bénévoles dans toutes les discothèques de l’hexagone et d’Europe. Oui, bénévoles. Contre ça tu peux pas lutter.
Leurs noms sonnent comme des boîtes de capotes ou de films de Jenna Jameson : tilllate.com, opennight.com, enjoyaddict.com. Leur concept est implacable. Le photographe, bien que bénévole, est formé à la photo de soirée, gagne un badge, toutes les entrées dans les boîtes de sa couverture, une réputation, et l’amitié des barmen.
Les discothèques ? Créent du trafic en glamourisant leur clientèle, annonçant leurs soirées sur ces sites, entretenant une communauté d’habitués. Gagnant / gagnant.
Les clients ? Ont le plaisir de s’admirer dès le lendemain de la fête, dans des diaporamas de pics ressemblant à s’y méprendre à des galeries pornos dont on aurait enlevé les photos du milieu.
Le système marche. Aujourd’hui, Tilllate, le plus gros portail de cette catégorie, compte plusieurs centaines de milliers d’abonnés, qui en plus de se regarder les uns les autres, animent un véritable réseau social nocturne en annonçant à l’avance les soirées ou ils iront, combien de pintes ils boiront, et avec qui.
Les demoiselles ont même l’opportunité, par le biais de la plateforme de communication intermembres, de dire d’avance à un garçon de leur choix, en message privé, qu’il y aurait moyen de moyenner à partir de 00:17.

La boîte de nuit, qui a toujours été un peu chaotique, est rationalisée. On nous a reporté avoir entendu, pendant une soirée « Qu’est-ce qu’on s’emmerde… Bon, on attend que Tilllate passe et on s’casse ». Ce « donné à voir » n’a plus grand-chose en commun avec la photo candide du jeune figé en pleine joie – on se rapproche de plus en plus de la photo posée de début de siècle.
En tout cas, ce qui frappe, c’est la grande équité face aux régions. Au contraire de sites plus hypes, spécialisés dans les barbus parisiens à lunettes fluos, ou chicks floridiennes en collants American Apparel, ces portails recenseront tous les jeunes à gels de France, qu’ils soient de Tourcoing ou de Saumur.
A mi-chemin entre un herbier de la jupe et un rapport de détective, la base de données de ces sites constitue la galaxie visuelle étourdissante d’un samedi soir de clubbing sur la terre.
Les vieux pervers pourront tranquillement mater les clubbeuses de la boîte d’en face, paquet de Marlboro dans le corsage, s’embrasser sur la bouche. D’autres, tous les dimanches matins, « Télé Foot » en toile de fond, sirotant un café, liront le rapport de l’agent Login sur les agissements de leur ex petite amie au Whisky Lounge de Bron.
Ce pipeline de pics nourrit à plein débit le désir de reflet et de projection de la génération Facebook. Poser une seule fois le problème de droit à l’image est une blague – ces sites connaitraient plutôt le phénomène inverse, ayant du mal à ralentir l’exode massif de leurs photos sur les skyblogs de leurs membres, trop fiers de partager chaque semaine leurs megabytes of fame.
Demain, ces sites déploieront leurs armées de photo-filmeurs bénévoles dans la rue – ce sera la « street community » (cela existe déjà un peu, mais que pour les gens bien hypbillés). En lieu et place des discothèques, ils valoriseront des villes entières en affichant le bien-être de sa population, et en permettant aux résidents de se retrouver dans les galeries. Gagnant/gagnant.
Après une journée romantique passée avec votre chère et tendre, vous vous connecterez tranquillement sur le portail Allday, où vous retrouverez les photos de votre repas, puis de votre ballade sur les bords de la Seine. Puis de ce baiser fougueux à la porte de votre immeuble.
Heureusement que ce ne sont que des photos, on aurait presque pu vous voir composer le digicode, tiens.
photo (cc) E. Di Meco – Nenortas


















Genre on allait pas voir le Morandini barbu caché au fond de la boite de nuit
.
‘Tain, j’l'avais pas vu. Nice !
C’est un peu la version cheap du cobrasnake, en quelque sorte. (je ne savais même pas que ça existait) (mais c’est vrai qu’on dirait des actrices de film olé olé).
je vois pas en quoi c’est cheap ?
C’est une version POPULAIRE, Disso, pas cheap.
ce sont simplement des photos de gens normaux, pas de bancs de connasses de 15 ans à frange et qui portent des lunettes de nerd et des leggings en lamé.
T’as pas l’impression d’être un tout petit peu démago sur ce coup là, nono ?
démago ? en quoi ? j’ai toujours haï cobrasnake, lastnightparty et consorts.
Oh ben moi j’aime ni l’un ni l’autre, les nenettes qui sortent la poitrine et font la moue sur les photos en prenant l’air vaguement coquine, que ce soit sur cobrasnake ou au macumba night de Vierzon, c’est pareil. Pas de distingo, égalité jusque dans la vulgarité!
Nora> J’ai répondu un peu vite. Je commentais surtout “les gens normaux”, j’avais raté la référence à Cobrasnake, que je ne connaissais pas. Je viens d’aller y jeter un oeil et brrr. Du coup je suis plutôt d’accord avec toi.
Y’a aussi Street night http://www.street-tease.com/street-night/
ho! les belles collections de duckfaces
Mes ex sont trop moches, ça ferait trop loltoshop.
Félicitations pour la qualité de rédaction de l’article, c’est toujours un plaisir que de lire des articles si bien rédigés !
Et vivement qu’ils viennet photographier des gens à leur boulot, comme ça on pourra enfin mettre des photos de sois correctes dans les réseaux sociaux !
Me suis bien marré tiens !
Social comments and analytics for this post…
This post was mentioned on Twitter by bienbienbien: Billet : Saturday Night Filmeurs http://j.mp/1AGdIM...
Ces sites sont la pire chose qui soit arrivée à l’Internet “social” depuis les Skyblogs. Quelques articles plus bas, on apprend que les douchebags veulent eux aussi leur part de reconnaissance. Ils l’ont, elle s’appelle tilllate.com.
Sinon question “street community” orientée fashion, The Sartorialist
et Garance Doré le font très bien, c’est efficace et ça se justifie tout à fait dans la mode.
Ah ben oui, à coté de ça Garance (je l’appelle même Gar’, ou même “gueu” tiens) c’est de l’épicerie fine, tilllate c’est du Hard Discount avec le jambon qui pique la langue.
Je n’arrive pas à comprendre pourquoi certains pensent que ces sites sont le Démon incarné. L’air de rien, le photographe bénévole , des fois, ne va pas au soirée “In” d’un club ubber-hype, mais plutôt au concert de musique brésilienne dans la cadre d’un festival de culture Sud Americaine, par exemple ( exemple précis, oui ).
Ces (non) évenements peuvent bénéficier aussi d’une certaine visibilité auprès des “hypeurs”, non? Leur donner envie d’aller au musée non? non? ok…
Je suis OK quand tu dis de pas diaboliser, mais ta vision est romantique. Pour un festival de culture sud-américaine dans Tilllate, tu as environs 30.000 boites de nuits, et encore, ma statistique est généreuse.
oh oui, 300K me semble un bon chiffre, au moins! Dans mon commentaire ( qui se voulait ironique/drôle = – FAIL – ) je voulais mettre en avant que l’idée en soi n’était pas (trop) mauvaise, dès le moment où le photographe peut shooter n’importe quel événement, pseudo-culturel ou pas.
Mais bon, comme c’est visiblement destiné à la nightlife hypeuse, crachons dessus!
…et je voulais dire, bien sur. “30k” -_-”
Complètement HS : il y a une rubrique “à propos” quelque part? J’ai pas trouvé… :/
Vous êtes bien édités par Heaven via FreshMedia?
plus maintenant.
Merci pour la réponse, c’est bien ce qu’il me semblait!
J’ai fait une soirée en tant que bénévole pour Enjoy60 avec une acréd plus ou moins trafiqué. Ouais.
Oui, j’aurais bien voulu avoir des témoignages de ces photofilmeurs bénévoles. Si il y a vraiment des aspects positifs. Outre celui d’apprendre un métier (y’a pas de sot métier).
Héhé, honnêtement je connais ça un peu de loin… Je m’étais mis en contact avec un gars (pote d’un pote d’un pote…) pour un papier que je voulais faire pour Tsugi (Ibiza du Nord, Tsugi22) et il m’a invité pour discuter et trouver d’autres contacts… De fil en aiguille, je me suis retrouvé dans une soirée avec ce gars bénévole pour Enjoy, un flyer “Enjoy60″ épinglé sur le torse pour passer les molosses de l’entrée sans payer. Pour l’anecdote, il a fini la soirée au dessus de la cuvette, alors j’ai pris l’appareil pour boucler son quota de photo (il devait en faire 100 minimum, chaque boite demande un quota que le bénévole doit faire et Enjoy te tape sur les doigts si ce n’est pas le cas), dis comme ça, on se demande pourquoi je suis resté comme un glandu mais ça n’a dûré qu’une heure.
Je ne sais pas si je suis tombé sur un cas ou si son profil se retrouve souvent chez les bénévoles : un clubber qui pique le reflex de sa grande soeur, étudiante en art, pour soigner les frais de ses soirées. Tu le dis très bien dans l’article : “gagne un badge, toutes les entrées dans les boîtes de sa couverture, une réputation, et l’amitié des barmen.” Malheureusement, j’aimerais bien dire quelque chose de positif sur les photo-filmeurs, mais ya rien à dire, surtout avec ces sites qui recrutent les bénévoles, ya un turn-over de malade, en général tu le fais une ou deux fois pour boire des coups gratos et tu te rends vite compte que ça ne sert pas à grande chose. Tellement anecdotique que je n’ai pas osé écrire dessus.
Le statut de tenir un appareil photo et un badge Enjoy te donne un pouvoir sur les gens affolants, tout le monde danse devant toi et jette des regards furtifs pour attirer ton attention et savoir si tu vas les prendre, ils regardent chacun de tes gestes en espérant que tu viennes les voir, que tu déclenches. Les plus téméraires t’abordent directement… Tout un jeu se met en place entre toi et les clients, comme un jeu de séduction un peu foireux qui se termine par une photo surexposée de bouche en cul de poule. Amusant quand j’y repense.
Génial, thanx, le témoignage est encore plus romanesque que je l’avais imaginé.
Hop…
J’ai essayé pour voir… avant tout photographe par passion…
J’ai voulu tester Tillate pour occuper mes soirées… par curiosité aussi…
Une candidature laissé sur le site… rapide contact par msn…
Rencontre avec le “responsable” un jeudi soir…
Mon jean Carhartt taille 36 et mes pompes de skate l’ont choqué à voir sa tête faire trois aller-retour sur moi…
Passé cette barrière vestimentaire y m’explique rapido le principe…
En me montrant les réglages de photos soirée sur mon appareil il parvient à me dévisser mon objectif en touchant à tous les boutons… sans s’en rendre compte évidemment…
Dans la soirée j’essaye de discuter matos photo avec lui… sans succès…
Petit à petit je m’améliore mais il faut que les photos soient hyper “formatées” selon des règles strictes (cadrage, nombre de personnes, …) sinon elle sont rejetées…
Au final j’ai tenu environ 4 soirées…
J’ai pas réussi à coller à cette ambiance “fausse” du night clubbing…
Cet arrangement : tu fais des photos et de la pub et je te laisse rentrer facile dans mon bar…
Pour l’amitié des barmen… le soir avec ton pass il te paye un coup il discute facile… le lendemain soir en touriste avec tes potes il te regarde même pas…
Ces photos fades en masse… avec leur bouche en cul de poule et leur doigt en V sous le menton…
Faut que ce soit rapide et réussi au premier coup… sinon on se fait limite engueuler par les photographiés…
Pour résumer : photographiquement parlant c’est très pauvre (du moins pour mon aventure)… et faut vraiment être dans le milieu “night clubbing” pour supporter la mentalité des gens…
Je suis passé par là ça m’a fait relativiser et maintenant je prend encore plus de plaisir à vider des packs de bières avec les potes en sautant devant un mur de son et à faire des photos floues et scandaleuses avec un vieux APN compact…
Velbain…
Ouais cool…

Mais … dis moi…
C’est cette… expérience… hmm… malheureuse… qui t’as fait toi aussi… retomber… dans la drogue ?…
…
…
[...] This post was mentioned on Twitter by bienbienbien, Thibaut Thomas, Emgenius, AdrienPepin, David Bartoli and others. David Bartoli said: RT @JSZanchi Excellent billet de @HenryMichel sur les photographes de la night : http://bit.ly/940vL. [...]
Je ne résiste pas à citer quelques mots de deux grand penseurs contemporains qui déclaraient dans un débat de haut tenue :
“euhh serguei c un peu deplacey ske ta di. kom ont di kokleng et mimir ya pa ke largent. et pui la plupar d fotograf chez tilllate ou autres ont un job a coté. et si tilllate payai tous ses fotograf tu te rend compte de ske ca representrai? jte signale ke tilllate setend sur pratikement toute l’europe et ke si on été payé n’importe kel imbecile au chomage postulerai pour devenir fotograf!! et ca deviendrai dla merde. il reste ke les gens motivé et passionné ** je pens hein :p **”
“franchement serguei24 moi jai ete reporter tilllate a lyon, g arreter park g kitter la region mé tu ne peux pas dire ke tilllate donne une movaiz image simplement park ce n’est payer!!!
kan tu rentre chez tilllate c ke tu es passionné par tout ce ki touche au monde de la nuit et a la foto donc c bicou plus kun simple petit job, c une passion ke tu exerce tout en t’amusant!!! de plus sa te permet aussi de faire de nouvel connaissance car au fond TILLLATE c kom une grande famille lol!!!
Bref si tu frequenter d repoter TILLLATE jpense tu aurais une otre vision de la chose!!!!”
La source se trouve ici :
http://www.azncommunity.net/club_message,tillate_et_l_image_que_ca_donne,381,1.html
Je crois qu’avec ça, tout est dit
;o)
J’adore le dernier comment. Il m’a redoré ma journée
Ouah !! j’ai vomi des yeux !
J’ai jamais vu autant de “k” dans un commentaire de BBB…
Je pensais pas que des forums totalement sms style existait, j’en était restait au skyblog ! merci pour ce joli lien.
Nan mais c’est vrai quoi, c’est un peu deplacey.
Putain, si Carrefour payait toutes ses caissières, qu’est-ce que ça représenterait !
Mouais, heureusement le ridicule ne tue pas sinon ce serait l’hécatombe chaq samedi soir !!
Merci pour ta prose, mister henry michel. Un régal.
Pardonnez-moi, mais vous avez oublié de préciser sur quelle planète ces évènements se déroulent. Je suis perplexe.
Putain Henry, tu déconnes à faire de la pub pour le Whisky Lounge! Quand t’es à Bron, tu pousses jusqu’à la Clef des Champs, là t’as du douchebag à en faire un reportage animalier!
[...] http://bienbienbien.net/2009/11/04/saturday-night-filmeurs/ [...]
quelle jolies tof!! j’ai trop kiffé. elle sont mignones et trop chic. j’adoooooor