La nouvelle version de Facebook joue les élites contre le peuple
Par Vincent Glad

Il est encore trop tôt pour le dire mais, quand même, sur ce coup-là, il semble que Facebook se soit bien planté. Le lancement de la nouvelle version de Facebook le 12 mars a désarçonné la grande majorité des utilisateurs de Facebook, créant un mouvement d’impopularité que pourrait jalouser Sarkozy.
Un sondage très contesté donne même le chiffre incroyable de 94% d’insatisfaits. La vérité doit se situer un peu en-deça, vu qu’on imagine que les groupes Facebook anti-nouveau design ont appelé au bourrage d’urnes. Enfin ça fait quand même une sacrée claque dans la gueule de Facebook, une sorte de manif’ de 3 millions de personnes dans la rue vent debout contre les réformes.
Comment a t-on pu en arriver là?
D’abord, il y a évidemment l’éternel conservatisme de l’internaute. Les nouvelles versions de sites provoquent souvent une levée de bouclier des utilisateurs. Le précédent redesign de Facebook en 2008 avait aussi donné lieu à une fronde sur les groupes. Et puis, comme toujours, les mécontents étaient assez vite rentrés dans le rang.
Mais là, j’ai comme le sentiment que la fronde va plus loin. Le débat ne porte pas tant sur des détails (une option qui a été supprimée ou un design un peu foireux) que sur la conception philosophique du site. Paniqué par la croissance folle de Twitter, Facebook a fait le pari de jouer les élites contre le peuple en accélérant le mouvement de twitterisation de l’Internet.
Mais c’est oublier que Facebook est maintenant un média de masse. En France, on approche les 10 millions d’utilisateurs, ce qui est plus que le nombre de téléspectateurs du J.T. de TF1. Et que recherchent les gens sur Facebook? Sans conteste la possibilité d’être au courant de tout ce que font leurs amis, ce vieux fond de voyeurisme qui nous fait nous délecter de la séparation d’un couple d’amis ou des photos bourré d’un collègue de bureau. Si ma mère a ouvert un compte, c’est bien pour “avoir de vos nouvelles, mes fils chéris”.
Comment Facebook s’est twitterisé
Certainement admiratif devant Twitter, Facebook a voulu renverser la table en postulant que l’avenir n’était pas au partage de l’actualité intime mais au partage de l’actualité avec un grand A. C’est ce qui a fait le succès de Twitter: son évolution récente en fait un média de jubilation collective sur l’actualité et non plus un outil de traçabilité de ses amis comme ça l’était à ses débuts.
Problème: pour l’instant, le grand public s’en fout de savoir 10 minutes avant France-Info qu’un avion s’est crashé à Amsterdam. Twitter est un outil pour junkie de l’information, une sorte de fantasme de journaliste qui voudrait que le flux d’information le poursuive jusque dans les chiottes, mais certainement pas un outil de masse. En expurgeant le news feed, colonne vertébrale du site, des infos personnelles (comme les photos taguées, les statuts amoureux, les inscriptions aux forums et events), Facebook pousse ses utilisateurs à «twitter», à poster des statuts, et encore des statuts (et aussi un peu de liens).
Le verbe contre l’action
L’idée sous-jacente est donc: vous devez dire et arrêter de faire. C’est tellement vrai que la question “What are you doing?” a disparu au profit du psychanalytique “What’s on your mind?” qui incite à verbaliser la moindre de ses réflexions. En somme, Facebook joue le verbe contre l’action, les élites intellectuelles contre le peuple besogneux. Dans ces conditions, pas étonnant que la fronde de la base contre le nouveau design soit si forte. Alors que les utilisateurs avertis – souvent déjà sur Twitter – applaudissent ce changement.
Mais il ne faut pas s’y tromper: l’enjeu derrière tout cela est certainement la création à terme d’un moteur de recherche sur le contenu déversé par les utilisateurs (statuts, liens, vidéos) qui pourrait concurrencer Twitter Search, le moteur de recherche de l’instantané qui donne des sueurs froides à Google.
(photo Flickr/branflakez)


















J’aime ça.
Plus sérieusement, les utilisateurs de Facebook ne sont jamais vraiment contents mais c’est vrai que ce redesign fait hausser les sourcils. Facebook s’incline vers Twitter mais le site risque de dégringoler vu qu’il reste beaucoup moins intuitif que Twitter et qu’il n’est pas utilisé par les mêmes gens. Franchement je sais pas, j’utilise les deux mais d’un oeil et cette petite compétition m’amuse.
Trés bon article qui résume bien la situation.
Bien ouèj !
Ta tout dit, pas grand chose a ajouter.
Les gens sont des demi-geeks, facebook aurait gagné à apprendre aux gens qui ont 33 notifications et 54 messages non lus à se servir correctement de Facebee, et de laisser Twitter aux vrais ^^
belle analyse, c’est tout à fait ca.
Depuis la twitterification de facebook, j’y passe bcp moins de temps. Je n’y trouve plus aucun intéret. Si je m’étais inscrit là et pas sur twit c’est pour une raison qui apparemment n’existe plus.
Sinon il y a des groupes plus importants que ceux que vous avez linké contre le nouveau layout : http://www.facebook.com/group.php?gid=21195574231&ref=ts
Avec ses +1.700.000 membres
Merci beaucoup pour le lien, j’ai corrigé dans mon post.
Tu as tout à fait raison pour l’analyse. Par contre étant un utilisateur depage “fan” le fait que ma page soit re-designée exactement comme n’importe quel profil je trouve ça vraiment déroutant. Du coup il n’y a plus de distinction par rapport aux pages “standards”, c’est beaucoup moins valorisant.
De plus je ne pense effectivement pas que Twitter et Facebook s’adressent au mêmes personnes, au lieu de copier il feraient mieux d’innover encore une fois…
Wouah,chapeau pour les deux derniers articles, vachement bien!!
Je me demande si Facebook finira par disparaître…
(Oui, ca me permettrait de faire le malin en disant que j’ai laissé tomber cette connerie dès octobre dernier. On a sa fierté, merde!)
J’avoue, je kiffe particulièrement le passage sur les journalistes qui rêvent de voir le flux d’info les poursuivre jusqu’aux chiottes… C’est tout à fait ça.
Félicitations pour cet article plutôt complet et bien foutu.
Très bien vu ce changement de l’action par la réflexion, je n’y avais même pas prêté attention.
Et je suis assez d’accord avec un des commentaires précédents : le fait de transformer les pages fans, musiques ou autres en pages profils est complètement déroutant : on ne sait plus si on est sur la page personnelle ou celle plus “professionnelle” ou sérieuse d’un artiste.
Analyse très fine…
Et bien moi je n’ai rien contre le nouvelle page Facebook et je la trouve plus clair.
Effectivement les statuts sont bien plus mis en avant ce qui permet de suivre bien plus facilement les états d’ames et les actions des amis.
Enfin bon mon avis on s’en fiche mais j’avoue que cette polémique me passe à 3 millions de Km au dessus de la tête.
Tout a fait d’accord avec Shamilda.
La nouvelle page n’a rien de bien ingrat. Elle est mieux organisé, et quand on passe un peu de temps sur le site je pense que cette page la finit par etre plus agréable. Enfin bref moi aussi mon avi on s’en fou !
Mais sinon l article est bien construit…
Très bon article.
Mais je voulais donner mon avis à ce propos. Tout d’abord, le haut pourcentage de personnes insatisfaites est uniquement dû au conservatisme latent chez tous les internautes.
Ensuite, tu parles d’une certaine sélection au niveau des utilisateurs de facebook, qui vont plutôt ressembler à ceux de twitter, qui n’a pas été victime de sa popularité comme FB.
Je ne sais pas vous, mais j’ai remarqué ces derniers temps une recrudescence d’utilisateurs zéro (statuts débiles ressemblant aux messages perso de msn, plein de iii, de 00 dans les feedbacks, adhésions à des groupes comme « comment personnaliser [insérer ici quelque chose de non personnalisable] ou encore le regret de ne pas insérer de .gif en photo de profil) qui ont débarqué sur FB et l’utilisent comme une adaptation des skyblogs. Le seul problème, c’est qu’on ne peut pas leur dire d’arrêter, et on ne peut pas les supprimer de ses amis non plus pour des raisons évidentes.
Alors peut être que la twitterisation de facebook les fera fuir et qu’ils rendront notre facebook, et pourquoi pas notre poke.
je suis entièrement d’accord avec toi.
j’entends de plus en plus ce discours “bon, ben au moins, ça fera fuir les relous”. ça revient finalement à ce que je disais: la tentation des élites du web de faire fuir les masses qui polluent leur beau site 2.0.
Twitteur forcené, je n’apprécie pas du tout le nouveau Facebook, au contraire, car je n’y fais pas la même chose.
Facebook n’a pas été conçu pour la conversation et le bruit de fond, c’est du pur relationnel, plus ou moins avancé. A vouloir tout faire, Facebook va tout mal faire : c’ets le syndrome du canard qui guette (dédicace à Cédric Deniaud et/ou Fred Cavazza).
Je voulais souligner le premier succès du nouveau Facebook : l’enlèvement de la petite Elise, relayé par tous mes friends jusqu’à 24 heures après sa disparition.
C’était d’ailleurs assez pénible.
Ahahah. Sur Twitter aussi, c’était super pénible.
J’ai été sidéré par le sérieux que mettaient les gens à retwitter ce truc. Mais je dois être un jeune con. Oui, c’est ça.
A fond c’était à vomir ce retwittage de masse.
Comme tout le monde, je m’étais créé un compte Facebook mais finalement, je n’y vais quasiment plus. Je vais sans doute passer pour un extra-terrestre, mais je n’arrive pas à trouver le moindre intérêt à facebook !
En revanche, je ne suis pas certain que twitter soit vraiment un concurrent, personnellement je l’utilise pour ce qu’il est: un outil pour informer sur le vif.
Je “twitte ma life”, et pourtant je n’arrive pas à supporter le nouveau Facebook :/ C’est juste devenu un sale ersatz d’un concept génial made in Taiwan. Ou pire.
Je n’ai ni de Facebook, ni de Twitter, et je ne sais pas si votre (excellent) article va me faire changer d’avis.
Dans le fond n’est-ce pas ça le véritable élitisme ?! (pas juste de la flemmardise)
Article tout à fait judicieux. Le nouveau FB est en effet une incitation permanente à “lâcher ton comm” et perd tout son charme qu’on peut qualifier de skyblogien: photos, rencontres et l’attente effrenée du It’s complicated.
Je ne comprends pas encore tout l’enjeu qui pousse FB à follower si collé/serré Twitter, j’imagine qu’il est colossal. Peut-être le topic d’un autre article. En tout cas, bravo encore pour cette analyse.
y a quand même vachement d’articles sur facebook, en ce moment (et pas qu’ici)
jsuis bien contente de ne pas en avoir, sinon je me sentirais obligée de lire tous les trucs le concernant.
Fiou, que de temps gagné
“Twitter est un outil pour junkie de l’information, une sorte de fantasme de journaliste qui voudrait que le flux d’information le poursuive jusque dans les chiottes”
bravo @vincentglad
Justement je me demandais ce que diantre foutaient les gars de BBB pour ne pas avoir réagis plus tôt à ce changement…
La vitesse nous perdra, il parait qu’ils ont dit la même chose du concorde.
C’est surtout la perte de vitesse très rapide du 25 juillet 2000 qui a perdu le Concorde.
C’est exactement ça ! Bravo, très bon article…
co-sign, le poke a quasiment disparu…. j’ai même beaucoup d’amis sur FB qui ne savent même pas ce que c’est…..
Ne pas oublier que grace à la nouvelle version de FB, le newsfeed est floodé à 50% par les résultats de tests chiants comme la mort auxquels ont répondu des friends de seconde zone. Et la colonne de droite par des pubs qui rendent illisibles toutes les fonctions traditionnelles de la page d’accueil. Rien que pour ça, je dis bravo.
Merci Vincent, j’aime ta façon de voir Twitter.
Wow. Excellent article, qui résume presqu’a la perfection ma pensée sur la MAJ de FB.
Ayant déja twitter, j’ai de plus en plus de mal a concevoir l’intéret de FB. J’avais tendance a le considerer comme un truc social utile pour avoir des nouvelles des amis, mais la c’est beaucoup trop tourné vers le flux massif d’infos plus ou moins inutiles.
Mais contrairement a l’idée d’élitisme évoquée dans l’article, je pense que les gens finiront quand meme par s’y adapter, parce qu’ils en sont trop dépendants. Juste que le conservatisme moutoneux dure plus longtemps.
En même temps, après toutes les levées de bouclier que Facebook a du essuyer sur l’utilisation des données privées, c’est tout de même incroyable aujourd’hui de constater qu’on lui repproche l’inverse, à savoir … avoir rendu moins accessibles les données à caractère privées !
Le Petit Nicolas (mais en Plus Grand)
http://www.grandnicolas.com
“En somme, Facebook joue le verbe contre l’action, les élites intellectuelles contre le peuple besogneux.”
Très juste. Il est très difficile d’être intéressant sur twitter car, soyons honnettes avec nous-meme, notre vie n’intéresse pas les autres. Les seuls fils qui soient vraiment chouette d’ailleurs sont tenus par … des journalistes – comme par exemple le journaliste de VOICI “krstv” qui parvient à poster des tweets marrants et percutants, mais il est bien le seul…
Retirer la video et les images permet de simplifier l’interface, mais condamne le peuple besogneux à se retrouver seul devant le vide de sa pensée
Quand on est artiste, facebook devient insupportable, on nous demande d’entrée notre vrai nom de famille, puis notre nom ce retrouve affiché sur facebook. Le graphisme est ridicule, incompréhensible.
J’ai supprimé ma page artistique, à cause du fait que l’on vous demande pour pouvoir vous adressez à vos fans ou aux autres artistes de crée un autre profil dans lequel le vrai nom est indiqué. Je ne tiens pas à retrouver mes anciens camarade de classe, Facebook n’est absolument pas aussi agréable que myspace qui est beaucoup plus proféssionnel pour nous artiste.
+1, un bon article. D’ailleurs, je l’ai trackbacké sur fesse bouc.
D’autant qu’il est illustré d’un screen shot de l’avant avant dernière version !
[...] link is being shared on Twitter right now. @bienbienbien, an influential author, said new blog Post : La [...]