Les cochons dans l’open space
Par David Carzon
« Votre n+1 vous saoule avec son timesheet, alors que se profile à l’horizon une teambuilding pour générer plus de positive attitude. » Si vous comprenez cette phrase, vous êtes mûr pour lire la suite. BBB peut vous aider.

Dans « L’open space m’a tuer » (Hachette Littératures, 16,50 €), Alexandre des Isnards et Thomas Zuberqui travaillent dans l’informating et le consulting (lire leur interview ici pour en savoir plus) dressent un portrait hilarant mais criant de vérité des nouvelles méthodes de management où l’absence apparente de hiérarchie, la fausse proximité, la gestion par l’affectif et la dictature du cool ne provoquent que solitude, contre productivité et frappage de tête contre les murs. Pour vous aider à vous y retrouver, BBB a demandé aux auteurs de nous donner quelques définitions de cette novlangue qui accompagne ce retour à l’aliénation par le travail. Parce que rien ne vaut un vrai chef. Hein Dom’ ?
N+1 : «C’est le supérieur hiérarchique, mais en version dématérialisée pour parler plus vite. Cela évite de donner un titre à chaque personne. Les titres sont d’ailleurs devenus fluctuants, on n’a plus de titre, on n’a comme fonction que de gérer son projet, c’est tout.»
Best pratice : «Ça fait partie de ses mots auto-réalisants. Dans une entreprise, on va chasser les meilleures pratiques pour optimiser, pour rechercher l’excellence, pour «performer. Il y a un peu le fantasme du tout communautaire, du knowledge management qui n’existe pas. Les meilleurs documents, on ne les met jamais sur le serveur de partage des données. Et puisqu’on ne fait plus carrière dans une même boîte, quand on la quitte, on fait bien attention de partir avec ces meilleures pratiques. Du coup, on cloisonne les serveurs, et donc le knowledge management n’existe pas. Les best pratice non plus.»
Positive attitude : «C’est parvenir à ne pas diffuser son stress même dans une situation urgente, c’est arriver avec un truc mégachiant en faisant une blague pour ne pas nuire à l’ambiance. Le symbole de la dictature du cool et du fun.»
360 ° et autoévaluation : «Il faut désormais donner un feedback sur tout. On applique ce genre de choses venues de l’étranger sans en absorber la philosophie. On sait très bien que le jeu est tronqué. Quand on demande à quelqu’un son principal défaut dans un entretien, on ne va jamais répondre un vrai défaut. Peut-être que ça peut servir si on joue le jeu, mais je n’ai jamais entendu personne qui ait vraiment joué le jeu. Tout le monde va mettre ce qui le gêne sous le tapis. L’entreprise n’est pas une démocratie.»
Teambuilding : «Un peu comme un bizutage pour arriver à souder des équipes, on organise des week-ends ou des séminaires de teambuilding durant lesquels on fait des activités pour que les salariées apprennent à se connaître et soient plus en cohésion. C’est vécu avec totale lucidité et détachement par les salariés qui savent très bien quel est le but final.»
Timesheet : «C’est tout simplement la pointeuse moderne rendue possible par la technologie. Il s’agit d’un document où les cadres peuvent remplir jour par jour, voire heure par heure, le temps passé pour chaque client ou chaque projet.»
Wording : «De l’art de mettre dans une phrase des anglicismes pour faire pro et fun à la fois, peu importe que ça ne veuille pas dire grand-chose.»
A noter d’alleurs, un glissement des expressions barbares utilisées par les consultants vers la vie courante. Exemple à peine exagéré : « Je n’ai aucune visibilité sur le week-end, parce que pas news de Nora sur son planning alors qu’elle devait implémenter la soirée Bullshit Bingo avec Dom. C’est pas très teamplayer, faudra que j’en parle en one-to-one avec Chryde. Elle m’avait pourtant assuré que c’était dans le pipe. Dès que j’en sais plus, je reviens vers toi.»


















“la prioritisation des kpi’s sur la roadmap est mandatory si on veut que le roll-out de la gouvernance n’induise pas un shift dans le planning”
Prendre du recul (comme l’article le fait si bien) permet de mieux rire du contexte ubuesque de ces multinationales. On ne sait pas si on est dans le comédie ou dans le drame … ne cherche pas la réponse auprés de ton chef, il ne sais pas non plus … (http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Principe_de_Peter)
Cette prison est lucrative … Ne pas oublier sa grille de business bullshit lotto pour les meetings …
c’est pas parce que des mecs ont dix ans d’avance sur tout le monde qu’il faut en faire tout un plat… d’abord…
L’avenir nous le dira
david, t’as oublié ASAP. comme dans “je reviens vers toi ASAP”.
arghl
You’re welcome
OUI ! dans le même esprit “j’attends ton feedback”…
Je devrais faire une petite croix dans un coin, juste pour voir combien de fois j’entends cette expression par jour…
La disctature du “donnons notre avis sur tout”
(ARGL!)
Effectivement, ce livre est excellent, il reflète bien les dérives, notamment chez les consultants que je connais bien
Outre le ASAP, j’aurais ajouter les typiques :
FYI
pi&pa
Draft, template & deadline
Surtout ne pas oublier la règle suivante :
“Une expression en anglais, même imprécise et compliquée, remplace toujours à merveille 1 mot en français”
Entendu dans un ascenceur d’une grand entreprise de radiotéléphonie française :
“On est pas assez straight-forward dans le setup du projet. Si on suit pas les learnings du kick-off on pourra jamais gérer l’on-going” ….
Je sais même pas si le gars a compris ce qu’il a dit au téléphone à son pauvre stagiaire.
(et oui on jouait au marketing bingo pendant les réunions et oui j’ai vu une collegue se lever en criant “Bullshit !!!!!”)
*part en sifflottant*
J’ai compris toute la phrase, c’est grave docteur ?
Franchement dans le cadre du boulot, vive les expressions synthétiques qui vont droit au but.
Je préfère les emails directs et synthétiques que 3 pages fleuries qui me font perdre mon temps.
Dans mon taf, je suis là pour être efficace et lorsqu’on peut m’épargner les romans-fleuves dans les emails, j’en suis très reconnaissante à mon interlocuteur, vu que j’en reçois entre 80 et 150 par jour… C’est autant de temps de gagné pour me barrer vivre ma vie à la fin de la journée !
Alors après, c’est vrai que cette déformation professionnelle vient impacter le langage de tous les jours, mais c’est bon quoi, beaucoup de corps de métier font la même chose, pourquoi toujours taper sur les consultants et les multinationales ?
Avec 3,5% de chômage chez les cadres on n’a jamais vécu une situation aussi porteuse, idem pour les jeunes diplomés, et il y a un tas de PME franco-françaises qui seraient ravies de pouvoir embaucher si c’est si dérangeant… Mais va falloir faire le tri avec celles qui bossent à l’export, parce que là survient la pratique du globish intensif, au moins aussi répandu que le corporate bullshit !
A lire (pour ceux qui parlent anglais) : The Dictionnary of Corporate Bullshit, super bien foutu, et qui définit avec humour et recul tous ces termes ampoulés.
ASAP c’est has-been, les happy-few disent désormais AVQP, c’est plus SiouX.
Ca me rappelle les bons vieux contrats d’interim en SSII, didonc!
Tellement drole quand on le regarde de loin! ^^
La fausse ambiance fun et cool du boulot ou tout est affaire de dead-line et autres primes d’efficacité a partir de 25heure de travail effectuées par jour…
Mais a part ca, c’est cool!
Ouh là là, qu’est-ce qu’on si retrouve.
)
“L’open space m’a tuer”
Ok, le vocabulaire de l’entreprise est certainement utile à défaut d’être compréhensible par tous.
Cela dit… y’a une règle à la con qui est valable pour tout le monde, surtout quand on sort un livre. Un truc chiant et même pas anglais avec l’auxilliaire avoir.
“l’open space m’a tué”
Y’a comme un paradoxe.
Enjoy !
Oui mais “Omar m’a tuer”, ça ne te dit rien ? (très important ça, la référence culturelle pour impacter de façon pro-active le coeur de cible)
Failed, trop sorry. Keep me posted avqp.
surtout que c’est peut-être pas omar qu’a tuer… le comble
Ahahaha. “Faut checker que le wording est finalisé avant le kick-off, qui focus ça ?” J’ai bien rigolé. J’adore les mecs qui utilisent des mots z’anglais en collectant un score en-dessous de 600 au TOEIC. Ceux qui prononcent DJ “didji”.
Je trouve dommage d’utiliser tous ces mots anglais à la place de légitimes mots français. Cela dénote d’une pauvreté ou d’un manque d’effort dans la communication. Mais par-dessus tout, celle qui me sort par les yeux en ce moment c’est “Je reviens vers toi” qui n’est qu’une triste traduction de “I’m coming back to you”. Cette expression est laide et sans aucun sens lorsqu’on peut utiliser “Je te tiens au courant”, “tu auras de mes nouvelles rapidement” ou “on se check rapide bro’”.
entendu en réunion aujourd’hui :
“faire du picking” => prendre des slides de powerpoints de plusieurs présentation pour en faire une nouvelle…
Et oui comme quoi l’utilisation du vous et donner de l’importance au grade c’est pas si mauvais!
Le TU n’instaure pas une confiance, du respect et une proximité!
C’est pas parce que on dis vous qu’il n’y a pas de résultats et que les gens viennent travailler avec les pieds de plomb!
Et la distance fait que les gens osent dire ce qu’il ne va pas ce qui est bon pour s’améliorer!
Bref je garde les anciennes pratiques.
CharlyTM
)
Jeune manager dans une grande entreprise (vraiment pas récente