Par ici la petite monnaie
Par David Carzon

Je rebondis sur ce que racontait Dom lundi et la nouvelle idée d’Universal donner gratuitement de la musique à payer. Ou faire payer de la musique gratuite. Je ne sais plus.
La stratégie des ayant-droits, que ce soit les sociétés d’auteurs ou de producteurs, n’est pas forcément de vendre plus de disques ou de développer de nouvelles offres commerciales qui répondent aux besoins du marché. Non, elle est aussi d’aller chercher de l’argent là où il n’était pas. Et là , on peut faire confiance à leur imagination. Et heureusement que je me tonds tout seul chez moi dans ma salle de bains, parce que sinon, je tremblerais pour mon coiffeur.
Pourquoi je parle de coiffeur ? Parce qu’il est dans le collimateur pardi et j’entends déjà les cliquetis de leurs ciseaux qui tremblent de peur. Oui, il faut savoir qu’il existe un truc qu’on appelle rémunération équitable des lieux sonorisés. Kézako ? Ben justement, quand votre coiffeur vous met le dernier CD de Treponem Pal pour masser le cuir chevelu tout en vous relaxant, et bien, il doit payer un petit quelque chose à la Sacem et aux producteurs. C’est vrai pour les coiffeurs, mais aussi les bars et tout autre commerce qui diffuse de la musique à ses clients. Même si c’est de la daube.
Selon le rapport de la Société civile des producteurs phonographiques, «la perception [de cette rémunération équitable] pour l’année 2006 s’est élevé à 18,5 millions d’euros contre 17,8 millions d’euros pour l’année 2005, représentant une augmentation de près de 4 pourcent ». Et récemment, devant un petit comité de journalistes, l’incontournable Pascal Nègre, patron d’Universal en France et président de la SCPP, a expliqué qu’il se fixait comme priorité une hausse des barèmes appliqués à ces lieux sonorisés. Pascalou (c’est mignon comme surnom, non ?) a dû regarder avec délectation les derniers chiffres de Broadcast Music Inc, la société de gestion collective américaine des droits des auteurs, des compositeurs et autres éditeurs, qui a annoncé que les revenus tirés des restaurants et des bars, de la vente au détail et des établissements de services ont augmenté de plus de 93 millions de dollars pour sa dernière année fiscale.
Bref, y’a de l’argent à gratter. D’ailleurs, Pascalou ne s’en cache pas : « Il faut que ceux qui utilisent la musique la paient au juste prix ». En disant cela, il visait aussi bien les coiffeurs que les radios avec lesquelles les producteurs étaient engagées depuis plusieurs mois dans des négociations tendues. Négociations qui viennent d’aboutir avec un relèvement sensible du barème dont devront s’affranchir les radios privées.
Et ce n’est pas fini, on continue de faire les tiroirs de la maison de la grand-mère en train de mourir, puisque la commission copie privée qui a déjà décidé de taxer les clés USB, les disques durs externes et les cartes mémoires, réfléchit à faire subir le même sort aux consoles de jeu par exemple. Vous y réfléchirez à deux fois lorsque vous couperez le son pour jouer peinard.


















Réfléction interessante, et tu écris bien.
+1 pour la maison de la grand mère mourante
Commerçants, diffusez de la musique libre, non SACEMisée ! C’est de plus en plus facile de trouver de la bonne musique sous licence libre…
Boycottons la musique pendant 1 mois. Je sais, c’est dur, et c’est ça le problème.
arf, je peux toujours n’écouter que le dernier Radiohead durant un mois…
Attention, je pense que ça va vous étonner comme nouvelle :
l’humain moyen peut parfaitement survivre sans qu’il ne soit alimenté en musique.
Oui ! Vous n’êtes pas obligé d’écouter de la musique h24 pour vivre. Il paraîtrait même qu’à une époque lointaine, les lecteurs mp3 et même les radios n’existaient pas.
Treponem Pal pour se relaxer le cuir chevelu, ya pas idée non plus !
Oui réflexion intéressante.
Surtout que si les sous pris au coiffeur arrivait dans les fouilles de Treponem, ça me gênerait moins. Mais avec le système (pot commun) de la SACEM, même Florent Pagny va avoir sa part de pépètes sur la diffusion du CD de relaxation !
Que peut-on espérer d’une industrie soit-disant culturelle qui a trouvé la bonne idée d’offrir de la musique dans les paquets de lessive ?? http://www.journaldunet.com/breve/crm-marketing/15417/le-cadeau-bonux-devient-virtuel-avec-universal-music.shtml
on a touché le fond, là … non ?
Le problème avec votre hypothèse c’est que vous présumez que la rémunération équitable profite aux producteurs. Ça n’est pourtant pas le cas. Elle est redistribuée aux trois quarts aux auteurs et interprètes les majors n’en encaissant que la portion congrue. Vous vous trompez : rien à gagner avec ça pour les grands méchants loups du divertissement. Et les pauvres 18,5 millions d’Euros récoltés en 2006 ne sont qu’une cacahuette dans l’océan du milliard d’Euros du chiffre d’affaire de l’industrie du disque en France. Pour un interprète pour qui cela représente un chèque de 800 € PAR AN en moyenne (de mémoire) ça n’est pas la même chose et à mon avis on est loin du « racket » fustigé sur nombre forums. Tout le monde n’est pas Johnny ou Eddy…
Malheureusement nombreux sont ceux qui ne saisissent pas la différence entre le droit d’auteur et le copyright et c’est aux États-Unis et non en France que tout à tendance à aller dans la poche du producteur (editor).
Votre article sur la crypto-licence-globale-redevance (privée) pour copie privée entre Universal et les fabricants de baladeurs était plus pertinent. Dans cette combinaison d’intérêts les sommes perçues vont directement dans la poche des majors et les sociétés d’auteurs et d’interprètes sont court-circuitées. Un peu plus de pouvoir pour les producteurs beaucoup moins pour les créateurs.
Jean,
Juste pour vous répondre sur quelques points. Ce que je mets en évidence, c’est que les producteurs affichent leur volonté de gagner plus d’argent avec ça. Alors que vous avez raison, la manne n’est pas énorme (j’ai d’ailleurs donné le chiffre de perception des producteurs et non les sommes totales récoltées par la Sacem). Mais aujour’hui, même un “pas grand-chose”, c’est déjà beaucoup. Car le chiffre d’affaire en gros net, il n’est plus à un milliard d’euros. Il est à 800 millions. D’où cette volonté de multiplier les rentrées d’argent plus indirectes.